A Calais, la situation est « inhumaine »

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A Calais, la situation est « inhumaine »

Message par Guy Verdier le Ven 9 Jan - 17:50

L'aprés Sangatte

08/01/2009 17:48

A Calais, la situation est « inhumaine »

Un Afghan est décédé mercredi 7 janvier lors d’une rixe, dans un climat de plus en plus tendu entre les migrants qui cherchent à passer Outre-Manche A Calais, des migrants afghans mangent un repas distribué par une association locale (Huguen/AFP). Dans la brume épaisse, les hommes sont rassemblés par petits groupes sur un terrain vague du quai de la Moselle. Quand la voiture de Sylvie, bénévole de l’association Salam, arrive, certains viennent aux nouvelles. Sous les bonnets de laine, les regards sont inquiets. Les Afghans ont peur. Après le meurtre de l’un des leurs, mercredi 7 janvier, ils craignent les opérations de police. Quelques centaines de mètres plus loin, les voitures des forces de l’ordre quadrillent la « jungle », ces terrains boisés où les candidats au départ pour l’Angleterre se réfugient toutes les nuits. Sylvie tente de les rassurer : « C’est le meurtrier qu’ils recherchent, pas vous. » Selon les bribes de témoignages livrés par ces jeunes exilés, la victime est un Pachtoun de 25 ans, roué de coups puis poignardé par des Afghans d’une autre ethnie. Voilà trois mois que la victime zonait à Calais. Le jeune homme était déprimé car il ne parvenait pas à embarquer vers l’Angleterre. Mercredi soir, une rivalité pour un territoire aurait dégénéré. Sylvie reprend sa voiture et montre l’endroit du drame. Juste après un stop où les camions sont obligés de s’arrêter, des branchages ont été installés en camouflage. L’endroit est stratégique pour tenter de se glisser dans ces véhicules qui partent vers le tunnel de Sangatte. Les réfugiés n’ont jamais été aussi nombreux Depuis la mort d’un Érythréen, il y a deux ans, c’est la première fois que la rivalité entre des bandes de passeurs cause la mort d’un homme à Calais. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, alors que les bénévoles de Salam distribuaient le repas du soir dans le gymnase prêté par la municipalité. Le drame vient encore alourdir le climat alors que les associations, à pied d’œuvre depuis la fermeture du camp de Sangatte, il y a six ans, sont au bout du rouleau. « On est fatigué, se désole Sylvie. On en a vu passer des milliers et on a l’impression d’avoir obtenu si peu de chose.» Cette petite femme blonde d’une cinquantaine d’années, tous les réfugiés l’appellent « Mamy », comme une grand-mère protectrice. Leurs récits, depuis six ans, sont toujours les mêmes. Des mois de voyages dans des conditions sordides pour gagner l’Angleterre. Or, depuis plusieurs mois, les associations tirent la sonnette d’alarme, car les réfugiés n’ont jamais été aussi nombreux. 500 à 700 dans la région de Calais. « On en voit maintenant des très jeunes qui n’ont pas plus de 12 ou 13 ans », précise Sylvie. Les associations, débordées, dénoncent l’aveuglement des pouvoirs publics qui cherchent surtout à ne pas créer de lieu de fixation. « Sangatte, c’était ingérable, reconnaît Sylvie. Mais entre trop et rien, il y a une marge. » Fin novembre, le collectif Csur, dont fait partie le Secours catholique, a décidé d’abandonner la distribution de repas le midi. Le Secours catholique a également renoncé à offrir un service de douche. « Dans notre petit local, on n’avait que trois cabines », explique Myriam, une permanente. Pour faire face au froid, le Secours catholique a rouvert une permanence d’accueil de jour pour les plus fragiles. Dans ce pavillon anonyme, une vingtaine de personnes ont trouvé refuge autour d’une table. Une femme enceinte de huit mois dort sur un matelas, au côté d’adolescents afghans, de mères de famille et de jeunes filles venues d’Érythrée ou de Somalie. La situation sanitaire empire Mais en dépit du dévouement des associations, avec le froid et l’impossibilité de se laver, la situation sanitaire empire. Un quart des réfugiés est atteint de la gale, estiment les bénévoles. Les épidémies de gastro-entérite ou de grippe se répandent, sans compter les blessures dues aux chutes hors des camions. Dans le pavillon du Secours catholique, Azouz, 10 ans, ne quitte pas sa maman, Zeneb. Ils ont tenté une trentaine de fois d’embarquer pour l’Angleterre. Zeneb aurait déjà renoncé s’il n’y avait pas ses deux filles, de 14 et 15 ans, qui ont réussi et l’attendent maintenant à Londres. À côté de la pièce d’accueil, deux très grandes salles sont vides. Le Secours catholique a déposé trois permis de construire pour y installer des sanitaires. Demande à chaque fois refusée par l’administration. «La dernière fois, on nous a dit qu’il n’y avait pas d’accès handicapé », s’indigne Myriam. Pour les responsables de l’association, les pouvoirs publics font tout simplement barrage. « Si on le leur proposait, certains de ces réfugiés accepteraient de déposer une demande d’asile en France. Il faut leur dire que l’Angleterre, ce n’est pas l’eldorado. Mais la France ne veut pas de ces gens. » Sylvie fait la même analyse : « De nombreux réfugiés érythréens ont suivi des études, ils pourraient avoir leur place chez nous, être utiles au pays. » Dans l’esprit de la bénévole de Salam, la solution doit être européenne : les pays doivent s’entendre pour prendre en charge ces réfugiés. En attendant, Salam a obtenu du nouveau maire UMP de Calais, Natacha Bouchart, un gymnase pour, durant la période de grand froid, distribuer le repas du soir et héberger la nuit. Cette semaine, l’association qui accueille environ 200 réfugiés a dû refuser du monde. Salam distribue aussi des sacs de repas froids. « Nous vivons d’abord des dons mais nous ne pourrons pas tenir longtemps », prévient Sylvie. Le Secours catholique offre des nuits d’hôtel pour ceux qui sortent de l’hôpital de Calais, où un centre assure près de 300 consultations par mois. Seul motif d’espoir, pour Sylvie, la solidarité. Les quarante bénévoles de Salam sont régulièrement rejoints par des personnes venues parfois de toute la France pour donner un peu de leur temps.

Bernard Gorce, à Calais
source :
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2361817&rubId=788

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Re: A Calais, la situation est « inhumaine »

Message par Grognard de la République le Dim 8 Fév - 17:28

Fermeture de Sangatte: après moi le déluge
Comment la municipalité de Calais, passée à droite en mars dernier, explique-t-elle son étrange politique d'après Sangatte?

La fermeture de Sangatte est un échec. Elle n’a pas découragé les migrants, qui viennent toujours plus nombreux à Calais dans l’espoir de passer clandestinement en Angleterre. À ceci près que depuis cinq ans, ils ne vivent plus sous un toit mais dans les bois environnants, à la merci des passeurs qui ont fait des abords de la ville une zone de non-droit où la vie d’un migrant tient au nombre de billets qui lui restent en poche.

En mars dernier, Natacha Bouchart, le nouveau maire UMP, s'est installée à l'Hôtel de Ville après 37 ans de communisme ; la politique de la nouvelle municipalité n’a pas arrangé les choses, pis, elle les a aggravé. De l’avis de tous les acteurs de terrain, la dégradation des conditions de vie a avivé les tensions entre migrants, les violences physiques entre clandestins s'amplifient de jour en jour. Pourquoi ? Peut-être parce que la ville a pris une série de mesures qui privent les migrants du dispositif mis en place par des associations après la fermeture de Sangatte. Un dispositif administratif, alimentaire et sanitaire qui aujourd’hui n’existe quasiment plus.

En dépit de nos demandes d’interview répétées, Natacha Bouchart n’a pas souhaité nous répondre. Son adjoint, Philippe Blet, a finalement accepté. Philippe Blet est un cas à part à l'hôtel de ville de Calais : bien que socialiste, il a pourtant choisi de figurer aux dernières municipales sur la liste UMP de Natacha Bouchart. Hygiène, repas, aide juridictionnelle : il s'explique sur le retour en arrière opéré par la nouvelle mairie dans le traitement des migrants.

Les douches
À Calais, il n’existe que trois douches mises à la disposition des migrants par le Secours Catholique. Tous les jours, cela donne lieu à des tensions, parfois des bagarres entre les clandestins. Certains nous ont raconté ne pas s’être entièrement lavés depuis des semaines. Résultat : des maladies comme la gale ont fait leur apparition en ville. L’association a demandé un permis de construire de nouvelles douches, mais la municipalité ne lui a pas accordée.

Certains migrants sont, comme nous l’avons montré dans nos reportages, en danger de mort dans leur pays, d’autres sont des mineurs de moins de quinze ans. La loi française pourrait leur faire bénéficier d’un asile politique et d’un foyer d’accueil. Seulement voilà, si avant, sur une place appelée ici la cabine, la mairie mettait à la disposition des associations des agents municipaux permettant de guider les migrants dans leurs démarches, a nouvelle municipalité a mis fin à ce dispositif.

Le nombre de migrants sur Calais serait passé, selon les associations de 130 à 700 en six ans. Dépassé, le collectif C-Sur a appelé à l’aide la mairie pour qu’elle prenne le relais. Bilan, la mairie a en effet apporté un soutien financier à une des associations, Salam, que l’on dit très proche du maire adjoint. Les autres ont arrêté la distribution. Les migrants n’ont donc plus qu’un repas par jour.

(MARIANNE)
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