OPEX : Général Jean-Louis Georgelin : «Nous allons vers des opérations plus dures»

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OPEX : Général Jean-Louis Georgelin : «Nous allons vers des opérations plus dures»

Message par Guy Verdier le Mar 3 Fév - 0:34


La-Croix.Com - 02/02/2009 20:10
Général Jean-Louis Georgelin : «Nous allons vers des opérations plus dures»

À la tête des armées françaises depuis octobre 2006, le général Georgelin affirme que les situations dans lesquelles elles ont à se déployer aujourd’hui se rapprochent « d’actions de guerre à grande échelle »

ENTRETIEN
Général Jean-Louis Georgelin, chef d’Etat-major des armées
La Croix : Le Parlement a voté, mercredi dernier, un allégement du dispositif militaire français pour les opérations extérieures (13 000 hommes actuellement), qui se traduira en 2009 par le retrait de 2 000 soldats engagés pour une moitié en Côte d’Ivoire et pour l’autre au Tchad. La France a-t-elle moins d’ambition pour le maintien de la paix dans le monde ?

Général Jean-Louis Georgelin : Cet exercice de revue de nos opérations extérieures a été précisément cadré par le chef de l’État dans ses vœux aux armées. « Nous devons examiner, a-t-il dit, les opérations extérieures pour s’assurer que nos engagements correspondent bien à la défense des intérêts stratégiques, que la nature et le volume de nos contributions nous procurent bien l’effet de levier diplomatique et militaire escompté pour apporter une solution rapide à la résolution des crises dans lesquelles nous nous impliquons. »

Nous n’allégeons donc pas le dispositif des opérations extérieures. Sur ce sujet, le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, rendu public par le président de la République en juin dernier, est sans ambiguïté. Il nous fait obligation d’être notamment en mesure de pouvoir déployer 30 000 hommes. Et il réaffirme la vocation de la France, membre du Conseil de sécurité des Nations unies, qui est un acteur essentiel pour la stabilité du monde et un leader de l’Union européenne. Les armées françaises restent en Europe parmi les plus crédibles avec les armées britanniques. Il n’est pas du tout question d’avoir pour objectif de réduire l’influence internationale de la France.
Quels éléments vous permettent de penser que l’allégement du dispositif en Côte d’Ivoire peut se poursuivre ?

Aucun incident grave n’est survenu dans le pays en 2008. Les accords de Ouagadougou (1) ont permis d’assurer un peu plus de stabilité. Le chemin vers les élections est maintenu. Les forces des Nations unies, pour lesquelles nous sommes en soutien, vont être elles-mêmes réduites.
Et au Tchad ?

L’opération Eufor y est la plus importante jamais engagée par l’Union européenne. Il était prévu qu’elle dure un an, jusqu’au 15 mars, et que les Nations unies prennent le relais. Mais, compte tenu du savoir-faire français et de la situation particulière au Tchad, nous laisserons environ 700 hommes pour permettre la mise en place de la mission de l’ONU. En revanche, nous ne touchons pas aux effectifs du dispositif Épervier (1 100 soldats) qui représente un facteur de sécurité dans la région depuis 1986.
Profiterez-vous de ces allégements pour renforcer le contingent français en Afghanistan, fort de 2 800 soldats ?

La question ne se pose pas ainsi. D’un côté, il y a une rationalisation de nos déploiements à l’étranger. De l’autre, il y a le théâtre afghan. L’an dernier, le président de la République y a augmenté la participation française sur deux volets : la formation de l’armée afghane, pour laquelle des soldats sont engagés dans des missions difficiles, et des responsabilités territoriales qui s’exercent dorénavant non seulement au sein du commandement de la région Centre, c’est-à-dire Kaboul et son environnement, mais aussi au sein du commandement de la région Est. C’est là que se trouve la vallée de la Kapisa. Pour l’instant, nous en restons là.
C’est à proximité de cette vallée que 10 soldats français ont été tués en août dernier. La région est-elle dorénavant en sécurité ?

Le bataillon français a sécurisé de manière très sensible la vallée. L’eau potable est revenue, les dispositifs de santé et les écoles fonctionnent enfin. Les populations viennent davantage parler à la coalition.
Dans la vallée de la Kapisa, l’armée française semble plongée dans un contexte de guerre qu’elle n’avait pas connu depuis longtemps…

Dès que j’ai pris mes fonctions de chef d’état-major des armées, voilà deux ans et demi, j’ai insisté sur l’idée que nous allions vers des opérations plus difficiles, plus dures, plus denses et que nous devions nous y préparer. Quand une armée n’a pas connu d’actions de guerre à grande échelle pendant un certain temps, une phase d’adaptation est nécessaire. Nos opérations en Afghanistan nous ont conduits à être encore plus exigeants dans la préparation, l’équipement et la capacité d’intervention de nos unités.
Comment justifier que l’Otan intervienne en Afghanistan, si loin de ses bases ?

L’Afghanistan est l’opération la plus importante jamais conduite par l’Otan. Si nous y sommes, c’est à la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. L’objectif était alors de détruire les camps d’entraînement d’Al-Qaida, de chasser le régime des talibans, de permettre à l’État afghan de se remettre sur pied et d’agir dans un environnement de stabilité et de sécurité acceptable. Le volet militaire des actions prévues par la communauté internationale était de parvenir à la constitution de forces de sécurité civiles et militaires afghanes sur l’ensemble du territoire. Dans l’attente, il était prévu de mettre sur pied une force internationale d’assistance à la sécurité. C’est dans ce cadre-là que l’Otan est intervenue, car c’était l’organisation militaire la plus disponible pour cette mission.
La participation française à de telles opérations rend-elle plus urgente sa réintégration dans les structures de commandement de l’Otan ?

L’Otan a beaucoup changé depuis le retrait de la France de ses structures intégrées permanentes, décidé par le général de Gaulle en 1966. Par ailleurs, la France a toujours été, depuis la fin de la guerre froide, un des quatre principaux contributeurs de forces de l’organisation. Elle a été de toutes les missions. Elle a été très active dans la mise sur pied récente de la Force de réaction rapide de l’Otan. Or, nous n’avons pas en permanence des officiers dans les états-majors qui prennent au quotidien des décisions même si, en 1996, a été décidé le retour du ministre de la défense et du chef d’état-major français dans les réunions qui rassemblent leurs homologues de l’Alliance. C’est une situation assez paradoxale.
Quel est le dernier pas à franchir ?

Une participation analogue à celle de nos voisins européens, le Royaume-Uni et l’Allemagne par exemple, impliquerait l’affectation de militaires dans les états-majors permanents de l’Otan.
Les intérêts de la France coïncident-ils aujourd’hui avec ceux de l’Otan ?

La France est membre de l’Union européenne et de l’Otan, tout comme 21 autres pays européens. Il y a une réelle communauté de destin qui constitue un argument fort pour que la France assume dans ces deux organisations des responsabilités importantes.
La crise financière fait-elle peser des doutes sur le maintien des moyens pour la défense française ?

Pour le moment, c’est tout le contraire, puisque le plan de relance prévoit pour la défense des moyens supplémentaires, notamment un navire – un bâtiment de protection et de commandement –, des hélicoptères Caracal, des munitions… Par ailleurs, le budget de la défense en 2009 est en progression de 5,4 % par rapport à l’année précédente.

RECUEILLI par Antoine FOUCHET et Jean-Christophe PLOQUIN

(1) L’accord de Ouagadougou a été signé le 4 mars 2007 par le président ivoirien Laurent Gbagbo et le chef des Forces nouvelles Guillaume Soro sous l’égide du président burkinabé Blaise Compaoré.

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