Islam en prison: le rapport qui pointe les discriminations

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Islam en prison: le rapport qui pointe les discriminations

Message par Guy Verdier le Mer 13 Avr - 17:23

Islam en prison: le rapport qui pointe les discriminations

Par François Koch, publié le 13/04/2011 à 12:46, mis à jour à 12:59


Déficit d'imams, absence de nourriture halal, manque de respect pour les tapis de prière et autres objets religieux, Jean-Marie Delarue dénonce la difficulté de pratiquer l'islam en prison.
AFP/MEHDI FEDOUACH

Les détenus musulmans n'ont pas les moyens de pratiquer leur religion, dénonce le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue. L'Express s'est procuré son rapport en exclusivité.

Son avis va faire l'effet d'une bombe. Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, accuse l'administration pénitentiaire de manquer de neutralité, de prendre des décisions discriminatoires vis-à-vis des religions en général et de certaines d'entre elles en particulier.
Ce texte choc de sept pages, que L'Express a pu se procurer, devrait être publié au Journal officiel du 17 avril. Que dit-il, plus précisément? Que les musulmans n'ont pas les moyens de pratiquer leur religion en prison et, corollaire explosif, que ce sont eux les plus nombreux! Paradoxalement, Delarue le dit, mais ne l'écrit pas! Le document ne comporte aucun nom de religion. Sachant qu'il serait publié moins de deux semaines après le très controversé débat sur la laïcité lancé par l'UMP, le haut fonctionnaire a choisi une position extrêmement prudente. Au risque de paraître céder aux sirènes du politiquement correct. Il répond à L'Express qu'il a voulu se placer sur le terrain du respect de la laïcité en général. Toutefois, dans l'entretien qu'il nous a accordé, il accepte d'appeler un chat un chat.

Extrait

"Il appartient à l'administration responsable des lieux de privation de liberté de "pouvoir satisfaire aux exigences de [la] vie religieuse, morale ou spirituelle" (code de procédure pénale) des personnes dont elle a la charge. Tel n'est pas toujours le cas aujourd'hui. Dans les conditions actuelles, les pouvoirs publics sont susceptibles de se voir reprocher de ne pas appliquer les principes nécessaires, en particulier en termes d'égalité de traitement et d'absence de discrimination, [...] au regard de la nécessaire neutralité de l'Etat vis-à-vis du fait religieux [...].

Ci-après ... Lire le rapport en intégralité

Un nombre insuffisant d'imams
Les difficultés qu'il dénonce concernent, pour la plupart, la religion musulmane: déficit criant d'imams agréés en prison, mais aussi absence de nourriture halal et manque de respect pour les tapis de prière et autres objets religieux.
Pour argumenter, les uns et les autres sont bien contraints de s'engager sur le terrain mouvant de la statistique. Si les chrétiens disposent de plus de 900 aumôniers agréés par l'administration, les musulmans n'en ont que 150 - de manière surprenante, l'administration parle d'"aumôniers" pour toutes les religions. Or, la proportion de détenus catholiques ou protestants est à peine de 20%, alors que les musulmans sont bien plus nombreux: de 30 à 40% des effectifs, selon Jean-Marie Delarue, qui se fonde sur les demandes de menus sans porc ou végétariens; et un peu moins de 50% selon l'administration pénitentiaire. Avec des chiffres bien plus élevés en Ile-de-France (70%), à Lyon, Marseille et dans le Nord. "Les chrétiens sont majoritaires en France mais, en prison, ce sont les musulmans qui, malheureusement, le sont", reconnaît Missoum Chaoui, aumônier régional musulman francilien. Par équité, il faudrait deux fois plus d'aumôniers musulmans que chrétiens. Or, il y en a aujourd'hui six fois moins.

Les aumôniers favorisent la réinsertion
Pourquoi un tel déséquilibre? C'est d'abord le poids de l'Histoire. "Jusqu'en 1905, les catholiques jouissaient d'un monopole en prison, raconte le pasteur Brice Deymié, aumônier national protestant. La messe y était obligatoire, les curés logeaient sur place et la religion faisait partie de la rédemption. Depuis, les protestants et les israélites ont eu droit de cité." Les musulmans ont dû attendre bien plus longtemps. En partie à cause du manque d'organisation de leurs institutions. Le Conseil français du culte musulman n'a été créé qu'en 2003. Trois ans plus tard, lorsque Moulay el Hassan el Alaoui Talibi est nommé aumônier national, on compte moins de 50 religieux agréés par l'administration pénitentiaire. "Le retard est aussi dû aux réticences des imams à aller vers les détenus. Pour des raisons religieuses, il leur était difficile d'accepter d'aider ceux qui ont transgressé la loi", commente un cadre de la pénitentiaire. Réponse de Missoum Chaoui: "Les autorités religieuses, certes, ne s'intéressaient pas aux prisons, mais les pouvoirs publics méconnaissaient aussi la population détenue musulmane."



Des détenus de confession catholique déroulent, après avoir assisté à la messe dominicale, le tapis de prière destiné aux détenus musulmans.
AFP PHOTO MEHDI FEDOUACH

Aujourd'hui, la pénitentiaire et les imams se renvoient la balle. Il n'y aurait pas assez de demandes, soutient la première. Et les seconds se plaignent de l'insuffisance des moyens. Aujourd'hui, selon el Alaoui Talibi, sur 150 aumôniers musulmans, 83 sont bénévoles, et les autres ne perçoivent que 383 euros par mois en moyenne. "Avec une indemnité mensuelle de 167 euros, ça ne me paye même pas l'essence pour aller à Bois-d'Arcy et à Porcheville", se plaint Gewarges Petrus, imam d'origine irakienne. Difficile de comprendre pourquoi l'Etat rémunère correctement les aumôniers dans les hôpitaux et les casernes... et pas dans les prisons. Pour quadrupler le nombre d'aumôniers musulmans, comme le souhaite el Alaoui Talibi, l'Etat devrait ajouter 1 million aux 2 millions d'euros de l'enveloppe actuelle, gelée depuis au moins quatre années. Somme dérisoire dans un budget pénitentiaire de 2 milliards d'euros. Et placement efficace : tous les aumôniers l'affirment, leur action favorise la réinsertion et la diminution de la récidive. Pour certains détenus, ces religieux constituent la seule autorité reconnue. "Au milieu des années 1990, en arrivant en prison, j'ai été frappé par le nombre de détenus musulmans livrés à eux-mêmes", regrette Missoum Chaoui. Libres de circuler dans les établissements pénitentiaires, les aumôniers répondent aux demandes d'entretien individuel et animent des cérémonies religieuses collectives. "Je les incite à travailler et à suivre une formation, confie Samia Benachouba, aumônière régionale musulmane dans le Nord-Pas-de-Calais, qui ne visite que des établissements pour mineurs et pour femmes. Je leur parle de valeurs et d'estime de soi." "Je les aide à prendre conscience de l'interdit", soutient quant à lui Vincent Leclair, aumônier national catholique, qui exerce à Béziers. Selon Brice Deymié, "il faudrait aussi plus de bouddhistes et introduire des animistes, mais également des libres penseurs, comme en Belgique."

Des améliorations permettraient de lutter contre l'islamisme radical

Pour exercer plus efficacement leur mission, les représentants des religions revendiquent des conditions matérielles décentes. Les salles polycultuelles sont trop petites, pas assez disponibles et, parfois, polyvalentes. "Dans plusieurs maisons centrales, nous avons vu un espace cultuel qui servait de lieu de passage, critique Jean-Marie Delarue. Et les détenus sont souvent amenés en retard aux cérémonies religieuses par les surveillants, en guise de rétorsion ou en raison de cafouillages sur les listes de participants." Dans certains établissements, racontent des imams, à peine un quart des détenus demandeurs peuvent être accueillis aux prêches. Des améliorations permettraient aussi de lutter contre l'islamisme radical, les imams autoproclamés et les prières dans les cours de promenade, interdites et pourtant redoutées par l'administration. "J'ai vu des comportements d'émir chez un détenu condamné pour terrorisme, témoigne Yaniss Warrach, aumônier dans les Hauts-de-Seine. Dans sa cellule garnie de moquette et de coussins, il recevait pour des contre-prêches avec un coran en turc édité en Arabie saoudite." "Il y a en prison des caïds qui vivent sur le dos des autres, regrette Moulay el Hassan el Alaoui Talibi, des ignorants qui lisent les textes religieux à la lettre alors qu'il faut les replacer dans leur contexte."

La religion ne peut toutefois pas faire de miracles! "Il ne s'agit pas de privilégier le rôle de l'aumônier par rapport à celui de l'enseignant, du visiteur de prison, de l'avocat ou de la famille, confie Jean-Marie Delarue. Il faut simplement réaliser que l'aumônier apporte un réconfort qui permet au détenu de transcender la détention pour se projeter dans le monde libre... où il retournera."

L'EXPRESS.fr

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