Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

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Message par Guy Verdier le Lun 19 Jan - 12:49

Je pense donc j'écris
Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie
La semaine dernière se terminait sur une mobilisation populaire sans précédent dans les rues de France. Alors que tout le monde se demandait quelle serait l'étape suivante et regardait vers les politiques, une autre mobilisation incroyable est survenue dans la deuxième moitié de semaine avec l'achat de Charlie Hebdo. Quand l'hebdomadaire satyrique tirait habituellement à 50 000 exemplaires, c'est plus de 5 millions d'exemplaires qui ont été pris d'assaut dans tous les vendeurs de journaux de France. Au final la mobilisation populaire en soutien à Charlie Hebdo n'a pas faibli, elle a même continuer de croitre.

La Une tant attendue fut signée par Luz et repris le personnage de Mahomet déjà apparue en une de Charlie pour leur fameux Charia Hebdo de 2011. Si les chefs d'état furent nombreux sur le boulevard Voltaire, beau clin d’œil à un philosophe des Lumières et de la Tolérance, la une de Charlie a été la cause de nombreuses manifestations dans des pays dont la religion majoritaire est l'islam. Cette période aura aussi été la douloureuse expérience où des musulmans ont essayé d'imposer les contraintes de leur texte saint à des non croyants et où en parallèle des non croyants tentaient d'expliquer aux musulmans qu'ils ne comprenaient rien aux écrits du Coran. Cette première semaine de l'après Charlie a commencé par de beaux exemples d'union nationale comme cette Marseillaise chantée à l'Assemblée Nationale ou le discours de Manuel Valls applaudit par tous les députés quelques minutes plus tard. Rapidement, et heureusement, l'actualité politique a commencé à reprendre du service. Tout d'abord avec l'humour autour d'un Nicolas Sarkozy qui n'a pas changé et qui ne supporte pas d'être relégué au 3eme rang de l'ordre protocolaire alors qu'une photo historique réunissant Hollande, Merkel, Netanyahu et Abbas se réalisait. Du coup l'ancien président a réussi à démontrer une nouvelle fois son absence d'élégance et de respect en jouant des coudes pour se retrouver quelques minutes en tête du cortège.

L'après Charlie aura-t-il des conséquences dans la future action politique ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Manuel Valls a promis au sein de l'Assemblée Nationale de ne pas tomber dans le piège des mesures d'exception et de continuer à s'appuyer sur les dernières lois anti-terroristes, annonçant juste vouloir augmenter le nombre de postes dans la surveillance anti-terroriste. Najat Vallaud-Belkacem a lancé une grande consultation, réunissant de nombreux acteurs du système éducatif dont tous les précédents ministres de l'éducation nationale. Elle aussi compte s'appuyer sur les bases de cette refondation de l'école voulue depuis le début du quinquennat. Christiane Taubira aura une nouvelle fois prononcé un discours de grande classe lors des obsèques de Tignous. Le parquet aura quant à lui été intransigeant envers de nombreuses personnes accusées d'apologie du terrorisme que ce soit en public ou sur les réseaux sociaux. Si cela peut faire entrer dans la tête de certains que la liberté d'expression ne peut accepter de se dissoudre dans la haine et les propos violents, alors le principe est louable.

La politique reprend tout doucement ses droits. Les amendements de la loi Macron commencent à être débattus. L'union nationale ne tiendra pas l’écueil de ce projet de loi. La gauche de la gauche est toujours farouchement opposée à l'intégralité du texte sans chercher à comprendre quels seraient les points positifs dans la (trop) grande diversité des sujets abordés. Ce qui me fait dire comme l'a dit François Hollande que cette loi ne sera pas la loi du siècle.

Justement, ce samedi 17 janvier, on célébrait une des lois du siècle dernier, la loi Veil sur l'avortement. A cette occasion de nombreux événements étaient organisés partout en France dont une manifestation pour le droit des femmes à Paris. Sans surprise la mobilisation aura été nettement moins forte que 6 jours plus tôt alors que les deux portaient sur des sujets que l'on pense acquis mais dont il faut toujours surveiller à ce qu'on ne les réduisent pas pour de fausses excuses et de sombres arrières pensées. A cette occasion, le gouvernement a continué de montrer son engagement pour la liberté des femmes et leur droit à disposer de leur corps. Depuis 2013, l'acte de l'interruption de grossesse est intégralement remboursé par la Sécu, quelle que soit la situation de la femme. A présent, Marisol Touraine a indiqué que les actes associés comme les échographies et les examens biologiques le seront également. La ministre a également précisé qu'elle souhaitait que les sages-femmes puissent réaliser des IVG médicamenteuses et que les médecins de centres de santé puissent réaliser des IVG instrumentales. Ainsi, le gouvernement souhaite faire que sa future loi "Santé" puisse garantir à toutes les femmes la possibilité d'avorter à proximité de chez elles. Ceci promet de futurs discours rétrogrades sur les bancs de l'Assemblée Nationale au cours de l'année 2015

Vivement la semaine prochaine.






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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Jeu 22 Jan - 12:24

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L'indigne indignité nationale



Jusqu’à peu, la vision à droite des terroristes était assez simpliste. Ils ne pouvaient être qu’étrangers, les Français, les vrais, les bons, sont tous d’honnêtes citoyens qui ne feront jamais rien contre leur pays ou leurs institutions. Du coup quand la droite, qu’elle soit dite extrême ou républicaine, proposait des sanctions envers ce type d’individus, elle ne jurait que par la déchéance de nationalité. Ces gens ne pouvaient pas être Français puisque trop violent et haineux, supprimons leur nationalité française, ils auront toujours leur autre passeport, surement celui de l’état de Barbarie. Sans nationalité française, il sera plus simple de les renvoyer chez eux, en Barbarie.
Le problème est qu’à force de se planter et de découvrir qu’il y avait des Français Français, sans double nationalité barbare, leur schéma de pensée s’est déboussolé. L’UMP, qui n’aime pas rester sans réponse devant l’adversité (on peut leur reconnaitre ça au moins), a fait preuve d’inventivité pour lutter, non pas contre le terrorisme, mais contre les terroristes. Dans un premier temps, qui sont ces terroristes ? Nos services de renseignement, le ministère de l’Intérieur, tous désignent comme premiers suspects les personnes s’engageant pour faire le djihad. Je ne remets pas en cause ce postulat et il est vrai que ceux qui reviendront vivants d’Alep, de Raqqa ou d’autres lieux syriens ou irakiens auront reçu un sacré entrainement aux maniements des armes et aux techniques de guerre et de guérilla. Ils auront surement aussi été bien éduqués selon les préceptes islamistes pour qui le vrai musulman se doit de se battre contre l’occident. Leur retour en France doit donc être synonyme d’alerte et de surveillance par les services adéquats. Sauf si on les empêche de rentrer en France ! Magnifique idée de l’UMP, Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy en tête, interdire d’entrée sur le territoire des ressortissants Français. Ce n’est techniquement pas une déchéance de nationalité, la personne garde son passeport français et peut vivre sans problème comme tout Français autour du monde, sauf chez lui, en France. Petit problème dans leur plan sans faille, il semblerait que l’interdiction de territoire à ses propres ressortissants soit mal vue du côté de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Ce contretemps ne pose pas de problème à Valérie Pécresse mais espérons que cela en pose aux autres députés ou au Conseil Constitutionnel.

La déchéance de nationalité ne s’applique pas aux Français, l’interdiction du territoire non plus, mais sont-ils au dessus des lois ? Cette dictature laxiste, socialiste et droit-de-l-hommiste va-t-elle laisser impunément les terroristes se promener en toute liberté sans être inquiétés ? NON, parole d’UMP ! Pour cela, ils ont trouvé une nouvelle idée. Celle-ci semble imbattable, elle a été mise en place en 1944 à la Libération. Si ces Français doivent rester Français et peuvent vivre en France, alors rendons les indignes d’être Français ! Pour faire simple, l’indignité nationale a été mise en place pour punir toute personne ayant collaborée durant la Deuxième Guerre Mondiale. Toute personne jugée indigne est punie de la peine de dégradation nationale, c'est-à-dire que cette personne va perdre de nombreux droits (merci wikipedia) :

  • exclusion du droit de vote,
  • inéligibilité,
  • exclusion des fonctions publiques ou semi-publiques,
  • perte du rang dans les forces armées et du droit à porter des décorations,
  • exclusion des fonctions de direction dans les entreprises, les banques, la presse et la radio, de toutes fonctions dans des syndicats et organisations professionnelles, des professions juridiques, de l'enseignement, du journalisme, de l'Institut de France,
  • interdiction de garder ou porter des armes.



Dans toutes ces sanctions, je pense que la seule qui pourrait avoir un peu de sens est l’exclusion des fonctions publiques. Pensez-vous réellement qu’un djihadiste, un ancien djihadiste se dise : « si je rentre en France, je ne pourrais pas diriger une banque, autant rester à Alep » ? Pensez-vous qu’un gamin de 16 ans hésitant à partir faire le djihad ou à lutter contre l’état français va se dire : « si on me prend, je ne pourrais plus voter ou être élu député. Je vais plutôt retourner à mes études pour reprendre un grand organisme de presse. » ?
La mesure d’indignité nationale pouvait avoir un sens au lendemain de la guerre, quand des personnes haut placées ont pu profiter du système pendant et auraient voulu faire comme si de rien été ensuite. Elle n’aura servie qu’à soulager des revanchards à une période historique précise et non comparable à la notre aujourd’hui. Elle n’aura d’ailleurs duré que 7 ans, le temps de l’apaisement.

Je suis choqué que l’on puisse ressortir cette mesure aujourd’hui. A part montrer que l’on est sans réponse face aux problèmes actuels, que notre logique de pensée est bloquée à la moitié du XXème siècle, je ne vois pas ce que peut apporter une telle proposition. Cette réponse n'apporte rien à part vouloir mettre au ban de la société des personnes uniquement soupçonnées, sans le moindre début de preuve accablante. Que des personnes suspectées d'être dangereuses soient surveillées oui, qu'elles soient automatiquement punies non.
Je suis d’autant plus choqué que si cette proposition est régulièrement déterrée par les parlementaires UMP (et soutenu par le FN, comme lors de la séance du 26 novembre 2014), aujourd’hui elle est reprise par Annick Lepetit, porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, soumise au débat par Manuel Valls, alors qu’heureusement, François Hollande s’est montré opposé à ce projet. Il ne doit pas y avoir de loi d’exception, souvenons-nous en.

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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Lun 26 Jan - 10:50

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Une semaine dans le rétro : un apartheid français ?





Une nouvelle semaine post Charlie Hebdo a pris fin. Comme la précédente, elle a commencé par les propos de Manuel Valls. Si la semaine dernière, le Premier Ministre symbolisait l'Union Nationale en recevant les applaudissements des députés suite à son discours au sein de l'Assemblée Nationale, cette fois-ci il symbolise le retour du débat politique. Mardi dernier, Manuel Valls présentait ses voeux à la presse et disait ceci : 
« Ces derniers jours ont souligné beaucoup des maux qui rongent notre pays ou des défis que nous avons à relever. A cela, il faut ajouter toutes les fractures, les tensions qui couvent depuis trop longtemps et dont on parle peu (...) la relégation péri-urbaine, les ghettos - ce que j'évoquais en 2005 déjà - un apartheid territorial, social, ethnique, qui s'est imposé à notre pays ».

On retrouve le Manuel Valls que l'on connaissait avant son entrée au gouvernement en 2012, son franc parler, ses propos murement réfléchis et provoquant des réactions épidermiques à droite comme à gauche. Peut-on en 2015 parler d'un apartheid en France, 24 ans après son abolition en Afrique du Sud ? Wikipedia commence la définition comme étant " une politique dite de « développement séparé » affectant des populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques déterminées." La politique républicaine française essaye-t-elle vraiment un développement séparé, je ne pense pas, pourtant certaines situations pourraient ressembler à des situations d'apartheid.

Certes, on opposera à Manuel Valls que la République Française se veut la même pour tous ses citoyens, que la mission républicaine se veut égalitaire avec l'école gratuite pour tous, avec l'accès aux soins pour tous et la garantie de sécurité et de justice sur l'intégralité du territoire pour tous les habitants. Mais c'est aussi se voiler la face que de croire qu'une égalité réelle existe sur tout le territoire. Certains Français, parce qu'ils ont la peau plus foncée que la moyenne des Français, se font encore contrôler leur identité bien plus souvent que la moyenne, d'ailleurs si Manuel Valls avait mis en place le récépissé après un contrôle d'identité en 2012 comme attendu, cette discrimination aurait pu baisser. Certains Français, parce que leur nom ne sonne pas correctement ou parce que leur adresse est connotée (une pensée à tous les Coulibaly habitant Villiers-le-Bel ou Trappes), auront plus de difficultés, à conditions égales avec d'autres Français, à trouver un emploi. 

Le constat du Premier Ministre semble correct, même Fabienne Haloui, responsable de la commission Lutte contre le racisme et pour l'égalité des droits au PCF, va dans le sens de Manuel Valls dans les pages de L'Huma. Le constat est accablant pour la droite présente au pouvoir entre 2002 et 2012, notamment pour un Nicolas Sarkozy bien renvoyé dans les cordes par Valls : " Dans ces moments-là, tout le monde, et à commencer par les responsables politiques, ceux qui gouvernent, comme ceux qui hier ont gouverné, doivent être grands, pas petits...". En décembre 2011, Marianne publiait un article édifiant sur l'échec du fameux " plan Marshall" pour les banlieues du président Sarkozy. Les crédits pour la politique de la ville et pour la rénovation urbaine sont en chute libre : " En 2008, 227,3 millions ont été consacrés à la rénovation urbaine, les crédits tombent à 14,3 millions en 2009 mais remonteront en 2010 à 15,67 millions. En 2011, les crédits baissent à nouveau pour atteindre 7,33 millions et remontent à 16,1 en 2012. "
Il l'est aussi pour la gauche. L'échec de Lionel Jospin à l'élection présidentielle en 2002 après 5 années au pouvoir en était une des conséquences. La gauche perd régulièrement des points de confiance dans ces quartiers populaires justement car elle ne répond pas assez aux fortes attentes des habitants de ces quartiers.

On peut s'inquiéter des propos de Valls quand il annonce vouloir mettre en place une " politique du peuplement, pas seulement politique du logement et de l'habitat. Politique du peuplement pour lutter contre la ghettoïsation, la ségrégation". Mais comment ne pas être d'accord avec lui ? Comment ne pas y voir une véritable politique de gauche, comme celle que de nombreux élus locaux de gauche essayent de mettre en place chez eux ? On ne peut pas demander plus de mixité sociale dans les centre-villes si on ne fait rien pour plus de mixité sociale dans les proches périphéries de ces villes. Les intercommunalités, la création de métropoles à l'image du Grand Paris ou du Grand Lyon, on peut espérer qu'une telle politique soit mise en place. On ne peut qu'applaudir si l'Etat vient en aide aux communautés urbaines pour les aider dans ce chantier.

Manuel Valls a réussi en présentant ses voeux à la presse à ce que l'on réfléchisse un peu plus à l'état de la France. Avec ses mots, avec sa méthode, le Premier Ministre est peut être en train de préparer le terrain pour une grande politique de la ville. Il faudra que le gouvernement fasse attention à ses futures annonces. Une politique ambitieuse pour les banlieues demande du temps, il faudra frapper fort et juste pour qu'elle marque rapidement les esprits. Il faudra aussi faire attention à ne pas oublier la grande partie de la France plus rurale qu'urbaine, qui a souvent le sentiment d'être oubliée des politiques d'aménagement du territoire. En ne lésinant pas sur le poids des mots, Manuel Valls a braqué les projecteurs sur un constat sévère. L'attente d'actions et surtout de résultat n'en sera que plus forte.

Pendant ce temps, l'Europe s'apprête à découvrir la Gauche Radicale au pouvoir en Grèce. Nos gardiens de la "vraie gauche" regardent avec envie ce pays si souvent ignoré. Nos politiques europhobes essayent de récupérer cette victoire comme un symbole des peuples contre l'Union Européenne. Rendez-vous dans les semaines à venir pour les premières actions à Athènes et les premiers débats à Bruxelles.

Vivement la semaine prochaine.

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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Lun 2 Fév - 11:38

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Une semaine dans le rétro : Macron le marathonien


La dernière semaine de janvier retrouve un peu de normalité. Alors que l'assassinat de Charlie Hebdo et les meurtres antisémites sont toujours dans les mémoires, le Président de la République participe aux commémorations de la libération du camp d'Auschwitz Birkenau au coeur de Paris, au Mémorial de la Shoah, et en Pologne, au coeur du cap d'extermination.

A Paris, au sein de l'Assemblée Nationale, Emmanuel Macron commence son marathon parlementaire. A partir du lundi 26 janvier, le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques est débattu. Le rythme s'annonce soutenu, l'intégralité du projet doit être examinée, amendée et votée le 10 février 2015. En deux semaines, ce sont 106 articles qui seront discutés par les députés. 106 articles en deux semaines ! Emmanuel Macron soumets les députés à rude épreuve. Il n'encourage pas non plus les blogueurs à expliquer le contenu d'une loi qui regroupe des sujets divers et variés.

Cette semaine, les députés ont planché du lundi au vendredi sur le premier chapitre du premier titre du projet de loi, soit la partie "Mobilité" du titre "Libérer l'activité". Sur les 106 articles, 96 restent à voir dans la semaine qui débute. Pour autant, lundi et mardi, nos députés ont donc débattu sur une des mesures phares du projet de loi, la libéralisation des transports en autocar. L'initiative du ministre est bonne. Aujourd'hui, plusieurs trajets sont impossibles à réaliser en train ou prennent un temps incroyable comparé à la distance à parcourir, principalement à cause de l'accumulation des correspondances. D'un point de vue économique, transport en car n'est pas aussi avantageux que le transport en train. La vitesse des deux moyens de transports n'est pas comparable, ni la capacité de personnes à transporter. Pourtant en milieu rural, de nombreuses gares ont fermé depuis plus de 30 ans. Certaines villes ou petites bourgades ne sont plus accessibles aujourd'hui en train et ne compte que sur leur desserte par autocars soit pour maintenir une activité commerciale soit pour faire venir de nouveaux habitants. D'un point de vue écologique, si l'autocar est plus polluant que le train, il est nettement moins que la voiture individuelle. Le développement des transports en car n'est pas une lubie d'Emmanuel Macron. C'est aussi ce qui est fait depuis 10 ans par la Région Ile-de-France par exemple pour désenclaver les villages et villes trop loin des lignes de RER.

Une fois n'est pas coutume, sur ces discussions à l'Assemblée Nationale, les attaques sont principalement venues de la part de la gauche (écologistes, frondeurs socialistes, communistes) alors que les encouragements sont venus de la droite, principalement Hervé Mariton et Frédéric Lefebvre ! De tels contestataires et surtout de tels soutiens peuvent rendre sceptique la proposition. Lors des débats, la plus grande crainte sur ce fameux article 2  est que cette libéralisation des transports en autocar risque de mettre en danger certaines lignes de trains régionales. Mais ces lignes sont déjà mises à mal par la SNCF et sa recherche de profits au détriment des usagers. Dans certaines petites villes de région, il est quasi impossible de trouver un TER en dehors du créneau 6h - 8h et 18h - 20h. On peut imaginer une cohabitation facile entre trains et autocars, les premiers prenant les relais des seconds durant les heures moins fréquentées.

Dès le début de la semaine prochaine, une nouvelle grosse partie du projet de loi Macron va être débattue à l'Assemblée Nationale, les professions réglementées. Au programme, principes de fixation des tarifs réglementées aux prestations des commissaires-priseurs, huissiers de justice et notaires ainsi que la libéralisation de leur installation. Nos députés vont-ils arriver aux articles 80 et suivants sur le travail dominical et la réforme de la justice prud'homale ? Pour cela il faudra avoir un rythme plus soutenu qu'en première semaine...

La semaine prochaine, nos députés continueront de travailler avec Emmanuel Macron, François Hollande recevra ceux qui auront fait l'actu de la semaine dernière, les handballeurs français puis Alexis Tsipras, et tous les amoureux de "digue républicaine" auront les yeux tournés vers le Doubs afin de savoir si le premier candidat de l'UMP non qualifié au second tour d'une législative partielle depuis 2012 va appeler à voter PS ou FN.

Vivement la semaine prochaine !

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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Ven 6 Fév - 11:11

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Banalisation de l’exercice présidentiel


C’est une des principales critiques depuis le début du quinquennat de François Hollande, il désacralise la fonction présidentielle en se voulant un président normal. Jacques Chirac posant nu au Fort de Brégançon n’avait pas réussi à entacher le coté sacré de la plus haute fonction du pays. Nicolas Sarkozy en goguette à EuroDisney ou profitant d’une conférence de presse pour annoncer qu’avec Carla Bruni ce n’était pas qu’une simple histoire de cul n’aurait pas non plus désacralisé le statut de Président de la République. François Hollande, en revanche, est en passe de réussir cette prouesse. Comment fait-il ? Quel est son secret ?

Au contraire de son prédécesseur, il tient parole, le rendant plus comme le commun des mortels qu’un Président qui du haut de son piédestal peut se permettre de renier faire fi de ses promesses de transparence et de dialogue. En avril 2012, François Hollande promettait « d'organiser des conférences de presse tous les six mois afin de rendre compte des actions engagées et de tracer les perspectives ». Sarkozy, en son temps, avait tenté le même coup de bluff mais après s’être ridiculisé en déballant sa vie privée face aux journalistes et après s’être rendu compte que toutes les questions ne seraient pas bienveillantes, il a rapidement oublié d’organiser de nouvelles conférences. François Hollande est plus joueur. En septembre dernier, alors que son ex compagne venait de publier son journal intime de midinette en pleurs, le Président avait tenu bon, essayant tant que possible de recadrer les journalistes qui auraient voulu en savoir plus sur sa vie privée plutôt que sur son action publique.

Ce matin, François Hollande a tenu sa 5èmeconférence de presse. En tenant le rythme, il se met lui-même dans des situations difficiles. Contrairement à son prédécesseur qui se devait d’avoir une annonce révolutionnaire à chaque sortie publique, l’actuel Président de la République n’hésite pas à faire de ses conférences de presse un moment privilégié pour faire le point sur les actions passées et en cours plutôt que d’en faire une foire aux annonces. Résultat à prévoir, ce soir des éditorialistes et les membres de l’opposition se répandront sur les plateaux pour se dire déçu qu’aucune grande annonce n’a été faite, preuve en est que le Président est immobile, comme inconscient de l’état du pays. En parallèle, ceux qui préfèrent les faits au bashing de base, se feront un plaisir de faire un point de parcours de l’activité gouvernementale.

Si François Hollande est sur le point de réussir à banaliser l’activité présidentielle, c’est que cette répétition de conférence de presse ne suscite plus autant d’attente que les premières. Avant lui, une conférence de presse était un moment exceptionnel. Si les Président de la République passé se sont toujours prêtés à l’exercice cadré de l’interview par une poignée de journalistes choisis par l’Elysée, la conférence de presse et son lot d’incertitudes étaient suffisamment rares pour que toutes les rédactions en parlent des jours à l’avance. Cette fois-ci, rien ou presque. On rentre enfin dans la normalité. Un président qui daigne répondre aux questions des journalistes, ce n’est plus un événement incroyable dont on pourrait s’estimer heureux de le vivre deux fois dans un quinquennat. Ça devient une rencontre banale, plus courante encore que les vœux à la presse.

Rassurons-nous, une rencontre banale n’en devient pas inutile ! Il est sein pour une démocratie de pouvoir interroger directement son chef d’état. Il est toujours aussi intéressant de s’arrêter quelques heures pour faire des points d’étape. D’où venons-nous, que s’est-il passé, où en sommes-nous et que nous reste-il à accomplir ? L’exercice de la conférence de presse devant des journalistes de toute obédience est bien moins évident que celui de la conférence grassement rémunérée donnée devant un parterre de participants acquis à la cause et ayant payé chèrement leur place. Saluons donc la ténacité, la difficulté et la régularité de l’exercice qui en devient banal sans perdre de son intérêt.

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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Mar 10 Fév - 11:43

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Une semaine dans le rétro : tout Doubs

Tout a commencé le dimanche précédent, un petit séisme. Pour la première fois depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, une élection législative partielle voyait le PS mais pas l'UMP se qualifier pour le second tour. La seule absence de surprise dans ce scrutin, la présence, peut-être un peu plus forte que prévue, de la candidate du Front National. Dès l'annonce des résultats, certains sont partis pioches et pelles à la main pour construire une nouvelle digue républicaine, tout en appelant à la plus large majorité pour les suivre dans ce sursaut.

Certains avaient voulu faire de cette élection un test national. Le principe est un peu douteux. Une circonscription, peu importe sa situation géographique ou sa population ne peut pas être représentative du reste de la France. Cette 4ème circonscription du Doubs a toujours été particulière. En 2002, Pierre Moscovici, député sortant, était battu par la candidate de la jeune UMP par 162 voix d'écarts. En 2007, Pierre Moscovici revenait à la charge et sortait la député de droite avec 750 voix d'avance. Enfin en 2012, Pierre Moscovici gardait son siège de député grâce à une triangulaire. Lors de cette triangulaire, la candidate du FN récoltait plus de 9000 voix, soit plus de votes que ce qu'elle a obtenu au premier tour de l'élection de cette année.

Sans en faire un test national, les enjeux nationaux étaient forts. A l'UMP, il s'agissait de la première élection de la nouvelle ère Sarkozy. Ce dernier prenait l'élection fort au sérieux puisqu'un Bureau National se tenait le mardi suivant le 1er tour pour débattre des conséquences de l'élection. Bureau nécessaire puisque la réunification et l’apaisement annoncés lors de la campagne interne ne sont visiblement pas encore au rendez-vous. Peu étaient les membres de l'UMP qui ont appelé à cette occasion à faire barrage contre le FN. Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet furent de ceux-là. Nicolas Sarkozy, apôtre du "ni-ni" depuis longtemps a fini par appeler à ne pas voter pour le FN. Sa position n'a pas convaincu la majorité du bureau national puisque celle-ci a préféré la ligne clairement lâche du "ni FN, ni PS". A écouter certains, dont un Laurent Wauquiez adepte du grand écart, le programme du PS que met en place actuellement le gouvernement serait aussi dangereux pour la République que le programme annoncé par le FN. Ce dernier se lançait même dans un rappel historique justifiant sa position. Lui, membre d'une droite sociale soit-disante proche du gaullisme, ne faisait que répéter les gestes de son soit-disant mentor. " De Gaulle appelait-il à voter Guy Mollet ?" Non, d'après Laurent Wauquiez, major de l'agrégation d'histoire. Si De Gaulle n'a jamais eu l'occasion d'appeler pour ou contre Guy Mollet, il n'a pas hésité à le prendre dans son gouvernement en tant que ministre, justement au titre d'Union Nationale.

Nicolas Sarkozy a-t-il choisi le mardi pour réunir le Bureau National de l'UMP afin de laisser chacun le temps de prendre le temps de la réflexion ? N'était-ce pas trop long, chacun risquant de prendre des décisions polémiques à titre personnel dans les médias ? Si Sarkozy a pris ce risque, c'est qu'il n'avait pas trop le choix. Le lundi, il avait rendez-vous à Abu Dhabi pour donner une de ses conférences très bien rémunérées. Si l'activité de conférencier de luxe n'est pas une surprise chez Nicolas Sarkozy, c'était même son plan de carrière pour l'après-Elysée, voulant faire comme Bill Clinton ou Tony Blair. La seule différence (de taille) est que ces deux hommes n'ont de responsabilité politique dans leur pays, ni d'ambition personnelle. Nicolas Sarkozy est à la tête du principal parti d'opposition et brigue toujours un retour à l'Elysée, difficile de croire que ses rémunérations ne troubleront pas sa politique étrangère (comme ce fut probablement le cas entre 2007 et 2012 avec le financement potentiel d'une partie de sa campagne par le clan Kadhafi).

A gauche, les enjeux étaient aussi également forts puisque c'était la majorité absolue du PS à l'Assemblée Nationale qui était en jeu, même si la majorité gouvernementale n'a jamais été mise à mal. Manuel Valls se sera déplacée deux fois pour soutenir Frédéric Barbier, de même que Bernard Cazeneuve. Le candidat socialiste a le courage d'assumer ses idées, on se souvient de nombreux candidats UMP qui étaient gênés par le soutien gouvernemental en leur temps et ne souhaitaient pas voir des ministres s'incruster dans leur campagne.

Au final, Frédéric Barbier a remporté cette élection législative avec 863 voix d'avance sur la candidate FN. Cette candidate gagne plus de 6000 voix entre le premier et le second tour quand le candidat socialiste voyait son nombre d'électeurs doubler. On soulignera que l'abstention aura baisser de près de 10 points, passant de 60,3% à 50,9%. Cette victoire ne peut pas être considérée comme une victoire nationale pour le PS mais comme une petite bouffée d'air frais. Le FN confirme son pouvoir d'attraction à droite. Ceux qui voulait y trouver un effet Charlie ou un effet Sarkozy en sont pour leurs frais. La 4ème circonscription du Doubs est restée fidèle à elle même avec des écarts tenant dans un mouchoir de poche.

Pendant ce temps là, la Banque Centrale Européenne assombrissait l'avenir d'Alexis Tsipras. Enfin les clients de la banque HSBC, comme Gad Elmaleh, Jacques Dessanges ou Christophe Dugarry, vont voir leur présence en Suisse s'afficher en une du Monde, ce qui promet un nouveau débat sur le patriotisme fiscal, mais ceci est une autre histoire.

Vivement la semaine prochaine !

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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Lun 16 Fév - 14:27

Je pense donc j'écris


Une semaine dans le rétro : Hollande, une carrure internationale ?


Ce fut une longue semaine internationale pour François Hollande. Ukraine, Union Européenne, Egypte et pour finir tristement le Danemark, le Président a mené sa stature présidentielle sur tous les fronts. Partout, le contraste avec son prédécesseur est flagrant mais, et c'est le plus important, c'est l'image de la France qui est mise en avant et non son image personnelle.

Tout pour un cessez le feu en Ukraine. Depuis plusieurs mois, François Hollande travaille pour trouver une solution de paix dans le conflit ukrainien. Il n'a pas lésiné sur les voyages et les rencontres pour essayer de faire bouger les lignes. En décembre dernier, suite à un voyage au Kazakhstan, il fait une escale en Russie pour s'entretenir avec Vladimir Poutine. Début février, c'est le couple franco-allemand qui va en Ukraine puis en Russie pour parler paix. C'est le même couple Merkel-Hollande qui s'est rendu à Minsk cette semaine pour discuter avec les présidents ukrainiens et russes. Il aura fallu une journée et une nuit pour que les quatre chefs d'état s'entendent sur un accord de cessez-le-feu. A la sortie de la réunion, ce n'est pourtant pas la fanfaronnade. La fin des combats était prévue pour ce dimanche. Les indépendantistes allaient-ils respecter l'accord ? Les troupes russes présentes illégalement en Ukraine vont-elles quitter le territoire ? Les loyalistes ukrainiens vont-ils arrêter d'essayer de regagner du territoire ? Les incertitudes sont bien plus nombreuses que les acquis. Pourtant, cet accord peut être historique si tous les protagonistes le respectent. C'est aussi pour cela que François Hollande n'arrête pas son travail à la fin de la conférence de presse post accord. Ce dimanche, il était par exemple au téléphone avec les trois autres protagonistes de l'accord pour suivre la mise en place du cessez le feu.

On observe un François Hollande président, avec une véritable stature internationale. On connaissait le François Hollande va-t-en guerre en Afrique répondant aux appels de chefs d'état proche de la France. On le découvre acteur pour la paix. Pour l'occasion, il remet sur les rails un couple franco-allemand, indépendant des Etats-Unis, qui avait disparu des écrans radars les dernières années, affaiblissant de fait la voix de l'Union Européenne. On est loin d'un Nicolas Sarkozy se mettant en scène en sauveur de la Géorgie.

Jeudi, quelques heures à peine après la fin des négociations européennes, Angela Merkel et François Hollande arrivaient à Bruxelles pour un sommet européen. Là encore, François Hollande fut au premier plan. Un journaliste de France2 explique qu'à peine arrivé, il fut salué par Alexis Tsipras et ce fut le président français qui fit les présentations entre Angela Merkel et Alexis Tsipras. L'avenir de la politique grecque dépend fortement des discussions européennes. François Hollande, toujours moqué en France par la gauche de la gauche, est présenté à Bruxelles comme un allié de Tsipras qui a besoin d'un chef d'état de gauche influent pour faire pencher la balance en sa faveur.


Peu de temps après, c'est l'industrie française qui est à l'honneur. L'Egypte serait sur le point de commander 24 rafales à Dassault. Encore une fois, on se souvient des faux espoirs qu'avaient fait naitre Nicolas Sarkozy avec la vente d'avions au Brésil. Cette fois-ci, les affaires semblent bien avancées et le contrat devrait être signé la semaine prochaine. En attendant, pas de réjouissances excessives. Si on peut se féliciter d'une telle vente, ce qui devrait assurer l'emploi de toute une région autour de Mérignac, je ne peux m'empêcher d'être perplexe. Si la demande égyptienne est réalisée pour permettre au gouvernement égyptien de protéger son pays des troubles en Lybie, la commande reste une commande d'équipements de guerre réalisée par un gouvernement de militaires.

Enfin, comment revenir sur une semaine résolument tournée vers l'international sans revenir sur le drame danois ? Deux fusillades dont une visant une conférence sur l'islamisme et la liberté d'expression où se trouvaient Lars Vilk, devenu célèbre pour avoir caricaturé Mahomet, une militante Femen, l' ambassadeur de France au Danemark et des centaines de participants. Les mots du président, qui s'est rendu ce dimanche à l' ambassade du Danemark, résument parfaitement la situation:
« Ce qui s'est produit hier, c'est ce qui était déjà l'œuvre en France il y a plus d'un mois, les mêmes cibles (...). Il y a un lien qui n'établit pas un réseau mais la même détermination d'un terroriste à frapper ce que nous sommes. Nos valeurs. »
Ce n'est plus la France qui est seule victime de fanatiques, comme le Danemark n'est pas une victime esseulée du terrorisme. C'est l'Union Européenne qui est attaquée car l'Union Européenne veut que chacun de ses états soit un lieu où la liberté d'expression soit assurée. La Première Ministre du Danemark était présente en France lors de la grande marche du 11 janvier. Un mois plus tard, c'est à nous de montrer aux Danois qu'ils ne sont pas seuls, que nous les soutenons et que les Européens ne se laisseront pas imposer un silence par la peur et la terreur.

Après cet événement, on ne peut qu'espérer que la prochaine semaine soit plus belle que la fin de la précédente. Après 196 heures de débats à l'Assemblée Nationale, la loi Macron sera soumise au vote des députés mardi prochain, la réforme de la santé doit être discutée à l'Assemblée Nationale et François Hollande a prévu de discuter avec Angela Merkel vendredi. Le couple franco-allemand deviendrait-il inséparable ?

Vivement la semaine prochaine !

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Re: Je pense donc j'écris ... Une semaine dans le rétro: la 1ère après Charlie

Message par Guy Verdier le Lun 23 Fév - 11:54

Je pense donc j'écris


Une semaine dans le rétro : La fronde à contre-courant

Quelle semaine ! Etait inscrit à l'agenda de la semaine le vote de la loi Macron à l'Assemblée Nationale. La question, il y a sept jours était plus sur le nombre de députés de l'opposition qui oserait voter pour loi aux multiples réformes que sur l'issue du vote. Pourtant lundi et mardi, Jean-Christophe Cambadélis et Manuel Valls ont du se sentir comme dans House of Cards, époque Frank Underwood chef de la majorité. Compter et recompter les voix pour s'assurer qu'une majorité existe pour voter la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. L'affaire n'est pas si simple qu'elle n'y parait. Ce n'est pas tant l'absence de majorité absolue du PS qui pose problème, puisque officiellement la majorité gouvernementale n'est pas remise en question, que le comportement de certains députés du groupe socialiste.

Pour certains députés, les "frondeurs" du PS ou une partie des écologistes, on est proche du délit de faciès. L'affaire a débuté il y a bientôt un an avec l'arrivée de Manuel Valls à Matignon. L'homme n'avait pas encore dit la moindre parole en tant que Premier Ministre que les Verts annonçaient leur sortie du gouvernement et que certains députés socialistes critiquaient publiquement la nomination de l'ancien directeur de la communication de François Hollande lors de la dernière campagne présidentielle. Deuxième soupçon de délit de faciès envers Emmanuel Macron, depuis se nomination à Bercy, cette même gauche lui est tombée dessus pour les 4 ans qu'il a passé en tant que banquier d'affaires chez Rotschild & Cie. Conséquence logique, quand les deux ministres s'unissent pour défendre une grande loi réformatrice (au moins par la taille), les mêmes frondeurs socialistes et sceptiques écologistes font blocs contre le projet de loi.

Jusqu'à la loi Macron, les frondeurs socialistes arrivaient à allier contestation et soutien au gouvernement. Peu étaient ceux qui votaient contre les lois du gouvernement, préférant l'abstention, toute aussi forte de sens mais moins dommageable en terme de conséquences. Cette fois-ci, c'était un véritable vote contre qui mettait en péril le vote de la loi. 40 socialistes sur les 288 députés PS qui allient leurs voix à celles de l'UMP, cela change réellement une majorité. Dans ces conditions, le gouvernement devait-il employer l'article 49 alinéa 3 de la constitution ? 

La méthode n'est pas la plus digne. C'est assez frustrant de débattre pendant 193 heures et ne pas avoir le droit de voter sur le texte final. Si le texte final n'a pas pu être voté, n'oublions pas que 560 amendements ont été adoptés dans l'hémicycle durant les 2 semaines de débats. Le texte final est donc loin du texte initial et le travail parlementaire a été entendu et pris en compte. L'utilisation du 49-3 peut donc être vu comme une mesure de respect du travail parlementaire plutôt que d'une forme de déni de démocratie. En votant contre cette loi, les députés PS aller mettre à la poubelle 193 heures de travail public, ce n'est pas vraiment ce que l'on peut appeler le respect du travail des députés.

En revanche, sans oser reprendre le terme de déni de démocratie, soulignons tout de même la tribune disproportionnée que se sont offerts 4 députés socialistes frondeurs. Selon les informations du Lab d'Europe 1, Christian Paul, Pascal Cherki, Daniel Goldberg et Benoît Hamon cumulent à eux quatre près de 30% de temps de parole de l'ensemble des députés socialistes ! Est-ce une méthode digne que de squatter une grande partie du temps prévu initialement pour défendre un projet de loi pour le détruire publiquement ? Cette importante tribune contestataire a-t-elle été tenue pour réellement débattre avec le porteur de la loi ou a-t-elle servie de tribune à destination des militants en vue du futur congrès socialiste ?

Certes l'emploi du 49-3 ne devrait pas être une option d'un gouvernement de gauche attaché au travail parlementaire, mais dans le même temps, le travail parlementaire du groupe socialiste devrait avoir plus de respect pour le gouvernement qui, pour un certains nombres d'entre eux, a aidé leur élection. J'avoue être très heureux de ne pas avoir un député frondeur car sinon je ne suis pas sur que je lui renouvellerais mon soutien aux prochaines législatives. Dès l'élection de François Hollande, les militants et certains députés ont tenu à affirmer leur libre-arbitre, se refusant un poste de "député godillot". Il y a pourtant un grand écart entre avoir le droit de dire ce que l'on pense, d'amender un projet gouvernemental et voter contre pour faire tomber ce projet.

Les conséquences des actes des frondeurs risquent d'être très dures, voire néfastes, pour la suite du quinquennat. Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis devraient essayer de mettre en place un règlement contraignant pour les députés socialistes. Tout comme les députés frondeurs, les deux hommes préparent aussi leur congrès. Une majeure partie des militants attendent du gouvernement qu'il agisse dans le respect de l'impulsion donnée par François Hollande. François Hollande n'a pas gagné la primaire sur un programme penchant fortement à gauche, il a gagné avec un programme social-démocrate capable de rassembler beaucoup de Français afin d'empêcher Nicolas Sarkozy de faire un second mandat. Telle la mouche du coche, l'action des frondeurs risquent d'être contre-productive à terme. Ces frondeurs ne sont-ils pas en train d'achever une crédibilité socialiste quand une union permettrait de redonner un nouveau souffle au quinquennat ? Aujourd'hui, ces frondeurs ne doivent représenter que 15% des députés, et surement autant de militants au sein du Parti Socialiste. En parallèle, ceux qui se positionnent plus à gauche que la ligne gouvernementale ne réussissent pas à convaincre dans les urnes.

Il n'est bien sur pas question de demander aux frondeurs de renoncer à leur ligne politique, en revanche il doit être possible de demander plus de soutiens de la part de ces frondeurs sur certains sujets. La lutte pour l'emploi des jeunes, la prise en compte de la pénibilité, l'accent porté sur l'éducation nationale, les hausses de l'allocation de rentrée scolaire, la défense de l'accès à l'IVG, le mariage pour tous, la règlementation plus stricte les emplois à temps partiels, tous ses sujets ont été traités par le gouvernement, tous ces sujets ont été repris de la liste des chantiers prioritaires tels que le définissait Pascal Cherki, député frondeur à forte visibilité, lors de sa campagne aux législatives de 2012. 

Les frondeurs aiment à dire qu'ils n'ont pas été élu pour cette politique, oubliant de rappeler tout ce qui a été fait, ce qui est en train de se faire, et qui va exactement dans le sens de leurs attentes et surtout de celles de leurs électeurs. C'est cette mauvaise foi et cette absence de soutien public qui pousse à bout les plus loyalistes au gouvernement. C'est ce comportement qui donne une mauvaise opinion de la gauche, qui parait juste bonne à critiquer.

Cette semaine qui arrive est une semaine de congés à l'Assemblée Nationale. les débats reprendront le 3 mars avec la suite du projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale. Espérons que cette coupure puisse être bénéfique pour calmer les esprits et repartir sur des bases plus saines...

Vivement la semaine prochaine !

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